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Des outils de visualisation en sciences sociales: Andreas Perret (SSP, Unil), 25.01.13

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Ce vendredi, notre séminaire donne la parole à Andreas Perret, doctorant SSP (Unil) dont la présentation porte le titre suivant : « Des outils de visualisation en sciences sociales ».

Au programme, une présentation centrée sur les réflexion du chercheur qui aime à se présenter comme ayant « un pied dans les arts graphiques et un pied dans les sciences sociales », en clair « un décorateur de statistique ». La suite nous montrera que cette définition est bien réductrice puisqu’il s’agit ici d’étudier les modalités d’expression des scientifiques (en se limitant ici à la sociologie) en matière de visualisation de données, tout sauf une simple « décoration » !

D’emblée, on constate que dès que l’on met le doigt dans l’engrenage des aspects esthétiques, on se dirige vers des controverses, dans le milieu académique du moins. De fait, c’est une approche anthropologique qu’il faut adopter vis-à-vis des chercheurs pour comprendre leur manière de présenter leurs travaux. Produire un graphe est un moyen reconnu de transmettre un savoir, mais ce produit est très diversement reçu en fonction de son public-cible. Il faut donc s’intéresser aux rapports de pouvoir (thème cher aux sociologues) dans une dimension autoréflexive, à l’exemple des travaux de Bruno Latour.

Il existe un décalage évident entre ce que les sociologues présentent à l’interne et ce qu’ils publient en revue : leur fascination pour la visualisation semble douchée par les conditions de publication. L’équation nice visualization = #DataPorn est ainsi très souvent vérifiée dans le milieu. Conséquence : un mouvement de fond qui va dans le sens du « je fais de l’Excel brut pour qu’on ne puisse pas m’accuser d’enjoliver mes résultats ». Cet état d’esprit qui consiste à mettre de côté l’aspect visuel des présentations/publications est d’ailleurs explicité par une observations inquiétante d’Andreas Perret : dans des séminaires, rares sont les chercheurs qui comprennent réellement les visualisations présentées par leurs pairs, quand bien même leurs remarques sont très nombreuses et pointues sur les aspects de fonds de la recherche elle-même, choix de données, méthodes, etc.

Les outils de visualisation

Les scientifiques n’ont pas attendu l’informatique pour visualiser leurs données, en témoigne l’exemple fameux et si (trop ?) souvent cité de Charles Joseph Minard (1869) qui montre la diminution progressive des effectifs de Napoléon pendant sa campagne de Russie (1812-1813).Minard

Un tableau, c’est déjà une visualisation de données, une façon de les rendre plus intelligibles. Les outils utilisés par les chercheurs nous en disent long sur leur rapport à la visualisation, sur leur communauté d’utilisateurs et leurs liens avec le développement de l’outil. De plus, les logiciels sont parfois typés selon les écoles de recherche dont leurs concepteurs sont issus, leur utilisation conditionne donc parfois également la publication des visualisations (et donc des travaux) qui en tirent parti.

Andreas Perret distingue quatre outils (parmi ceux utilisés par les sociologues quantitatifs) :

  • SAS, utilisé principalement par les offices statistiques et des utilisateurs à but commercial.
  • SPSS/STATA, très courant dans les cursus académiques, en particulier dans les cours de statistiques. Entretient un rapport moins étroit entre utilisateurs et développeurs pour des raisons de propriété.
  • R, l’outil des « geeks » bricoleurs, très flexible et OpenSource.
  • Gap-Minder, outil mis en place par un chercheur hors académie et racheté par Google.

Il ne faut pas perdre de vue que les outils portent chacun un projet différent, qu’il n’est pas aisé de passer de l’un à l’autre, et qu’ils ouvrent chacun à des possibles variés en matière de publication. L’étude d’Andreas Perret passe par une typologie fine des logiciels et de ce qu’en font les sociologues, tout en s’intéressant à leurs effets sur la publication.

C’est cet aspect, les difficultés liées à la publication de visualisation, particulièrement concernant pour les chercheurs, qui a animé la discussion du groupe de chercheurs Unil/EPFL à la suite de la présentation d’Andreas Perret. La question est d’autant plus d’actualité que de nombreuses expériences de publications alternatives se développent en ce moment au sein des digital humanities. On citera par exemple le « Read and Write Book 2 », édité en OpenEdition Press par Pierre Mounier et alii, disponible gratuitement sur internet

également disponible en version papier), qui compile des articles de blog et textes de conférences dans un produit hybride tout à fait intéressant. Il est relevé que ce type de processus éditorial numérique favorise une accélération de la diffusion de l’information scientifique, face au lent processus des revues traditionnelles.

Pour aller plus loin :

– Plateforme KAIROS

– Projet Pegasus Data

– Franco Moretti, Graph, Maps and Trees (2005

– Cours MOOC de visualisation de Katy Börner

Martin Grandjean, doctorant (Lettres, Unil)

Cécile Armand (Lettres, Lyon) a également fait un compte-rendu de la séance sur le blog du laboratoire DH junior de l’ENS de Lyon.

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4 Comments

  1. Complément pour les amateurs de la cartographie Napoléonienne de Minard, la cartographie de l’avancée d’Hannibal (de Minard également): http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/02/Minard-hannibal.jpg !! Beau document de 1869.

  2. Voici un concours pour stimuler la visualisation en Humanities «Visualizing Classics»:
    Visualizing the Classics

    Anvil Academic and Dickinson College Commentaries announce the availability of a $1,000 prize for the best scholarly visualization of data in the field of classical studies submitted during 2013. Two runners-up will be awarded prizes of $500 each. Submissions must include:

    one or more visual representations of data that involves some linguistic component (Latin, Greek, or another ancient language of the Greco-Roman worlds), but may also include physical, geospatial, temporal, or other data;
    a research question and narrative argument that describes the conclusions drawn from the data and the visualization; and
    the source data itself.
    http://anvilacademic.org/submission-guidelines/visualizing-the-classics/

  3. Ombretta Cesca says:

    En lisant la première partie du compte-rendu de Martin il me semble de trouver un liens avec l’exposé d’Héloïse par rapport à la difficulté d’ouverture d’une partie du monde académique à certains nouveaux outils de recherche. En effet, on demande à Héloïse de mettre ses interviews dans une forme “traditionnelle” au risque de perdre des nuances et des éléments pas du tout négligeables pour sa recherche ; d’ailleurs, dans le cadre des sciences sociales, on se méfie des résultats enjolivés et on préfère un plus rassurant “Excel brut”. Il ne s’agit pas, évidemment, d’une situation étonnante, car très souvent une partie de l’élite intellectuelle essaie de résister aux changements qui se produisent dans les différentes sciences.
    Par contre le lien que M.me Clivaz vient de nous transmettre témoigne aussi la présence de fondations sérieusement intéressées à encourager des nouvelles solutions dans les disciplines “conservatrices” par excellence.

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