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La digitalisation de l’héritage culturel dans les pays de l’Est: Nouveaux objets, nouveaux partages (Alexandre Camus, SSP, Unil), 22 février 2013

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Compte-rendu par Mylène Tanferri (SSP, Unil)

La présentation d’Alexandre Camus est la première de l’atelier DH à présenter une méthodologie ethnographique pour traiter des questions et des acteurs de la digitalisation d’objets culturels. Sa recherche se focalise sur la question des co-constructions de l’héritage culturel lors de sa numérisation. Il interroge les rôles des acteurs institutionnels dans ces processus, revenant sur les relations Etat-chercheurs dans les pays de l’Ouest et les contours de leurs collaborations dans la construction de l’identité nationale. Il a pu constater que la numérisation ne donne pas lieu à un retour critique sur ces constructions, en partie parce que la redéfinition du partage des tâches entre spécialistes informatiques et SHS a donné la prééminence aux sciences informatiques, qui occupent, dès lors, largement le champ avec des questionnements propres à leurs disciplines.

Dans un premier temps, Alexandre nous a exposé son parcours et ce qui l’a amené à travailler en Bulgarie, expérience qui lui assure une bonne connaissance du pays et de ses organisations institutionnelles. Il nous a ensuite présenté les résultats empiriques de son terrain exploratoire, à la recherche des lieux de la numérisation de l’héritage culturel – notion qui remplace sur son terrain celle de patrimoine, plus courante dans d’autres milieux européens, notamment en France et en Suisse. Reconnaissant le besoin d’une cartographie plus précise des acteurs qui constituent les réseaux de cette numérisation, il nous a néanmoins fait part des premières catégories qu’il avait pu repérer sur place. La première distinction qu’il a pu faire repose sur des critères privé/public. Il a pu constater sur place que la plupart des acteurs engagés dans des projets de numérisation faisaient partie du secteur public, et seraient donc financés par ce biais. Remarquant en outre une répartition (qui demande à être raffinée) entre acteurs issus des institutions patrimoniales, acteurs issus des SHS et chercheurs en informatique, il nous a expliqué que les questions autour de la numérisation étaient traitées, sur son terrain, par cette dernière catégorie, qui est la seule à organiser une conférence annuelle sur le sujet. Il a également pu constater une injonction verticale de la part de l’Union Européenne pour des projets de numérisations, sans qu’il ait pu repérer une politique unifiée au niveau national concernant les priorités ou l’octroi de crédits.

Il a pu lui même s’assurer d’une place sur son terrain en proposant la traduction de contenus vers le français, ce qui lui garantira de suivre les projets dans leur élaboration.

Sa présence sur le terrain, qu’il explorera donc sur le mode de l’observation participante, sera centrée sur l’observation de la construction de la « matérialité numérique » des objets et collections. Son objectif principal sera d’interroger le pouvoir critique de ces objets, avec notamment les questions suivantes :

  • Quelles opérations de transformations se jouent dans la numérisation des objets  culturels?
  • Comment se déroule le nouveau partage des objets entre les acteurs impliqués dans le processus de numérisation ?
  • Quels effets produisent les objets numérisés sur leurs univers d’origine ?

Explicitant son cadre conceptuel, Alexandre est revenu sur son analyse actuelle : les acteurs impliqués dans des processus de numérisation produisent une nouvelle version de l’héritage qui ne dédouble pas les versions « analogiques » : ils investissent ces objets de nouvelles propriétés qui contribuent à les refaçonner. Les investissements produits– partant les nouvelles attributions des objets – dépendent en partie de l’univers d’origine des acteurs (SHS, informatique, autre) et peuvent entrer en concurrence lors de ces processus de redéfinition. Alexandre insiste sur le changement de nature que les dispositifs sociotechniques imposent aux objets culturels, dont l’unique propriété qui ne peut être perdue est celle – justement – d’être des objets culturels.

Renvoyant à des questions déjà soulevées par d’autres auteurs du champ DH,  l’équilibre des forces en présence montre une prédominance de la vision portée par les chercheurs en informatique. Une asymétrie qui trouverait sa source dans une problématisation forte des questions liées  la digitalisation  dans le champ des recherches informatiques qui ne trouve pas de contrepoint porté par les SHS associées à ces projets. Une forme de critique de la légitimité des SHS et des institutions culturelles dans leur qualité de porte-parole des objets culturels serait en train d’émerger du processus de digitalisation.

Lors de la discussion qui a suivi la présentation, des questions de définition notamment du concept de « matérialité numérique » ont été soulevées qui ont trouvé des réponses dans l’explication du poids des différents acteurs – humains et non-humains – impliqués dans ces processus de numérisation. La focalisation sur la numérisation institutionnelle, écartant les autres types de pratiques a également été questionnée. En outre, la question des étapes de la numérisation envisagée comme un processus a fait l’objet d’une proposition de reformulation par une attention aux différents moments qui le constituent.

Deux exemples de portails bulgares présentés :

Icones religieuses : http://bidl.cc.bas.bg/

Archéologie : http://thracian-art.artstudies.bg/

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