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«La représentation de la suprématie maritime de Venise dans le temps», Mélanie Fournier (post-doc, DH Lab, EPFL), vendredi 1er mars 2013

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Compte-rendu par Héloïse Pocry (doctorante Lettres, Unil-Paris 1)

Mélanie Fournier, qui possède un doctorat en géographie, nous a présenté vendredi 1er mars son travail en tant que post-doctorante au DH Lab de l’EPFL sous la direction du Prof. Frédéric Kaplan. Le thème de son travail porte sur la représentation de la suprématie maritime de Venise au cours du temps par l’utilisation d’un logiciel de SIG (Système d’information géographique), un modèle potentiellement extrapolable à toute la Méditerranée. La thématique se focalise plus précisément sur les routes maritimes, révélatrices de nombreux enjeux globaux. La modélisation de l’exemple vénitien représente un premier défi, l’incertitude des données recueillies grandissant au fur et à mesure que l’on remonte dans le temps.

Les cartes existantes s’attachent à représenter l’apogée de Venise, les croisades ou les conflits avec ses rivales, mais leur manque de dynamisme ne permet pas de comprendre toutes les interactions, dominances et autres subtiles réalités dans des contextes plus ou moins étendus autour de Venise. L’enjeu du travail de Mélanie Fournier consiste donc à envisager la cartographie vénitienne sous un nouveau jour, en rentabilisant au mieux toutes les données possibles (« La géographie est l’œil de l’histoire. ») et en évitant l’écueil des cartes inutiles ou inexploitables.

A partir de sources historiques secondaires (et par la suite primaires), Mélanie Fournier retrace une chronologie fine des évènements en fusionnant et croisant les données recueillies. Pour cela, elle extrait des grammaires (ensembles de données historiques) transformables en ontologies (modélisations logiques automatisables informatiquement).

Par exemple, en partant de ce paragraphe :

« D’abord confondues, les routes de la Romanie et de l’au-delà des mers ne divergeaient qu’après les pointes méridionales de la péninsule grecque, les caps Matapan et Malée, deux promontoires qu’il était souvent difficile de franchir en raison de vents contraires. Les convois pour l’au-delà des mers prenaient ensuite le chemin de la capitale de la Crète, Candie […]. La Crète avait alors un rôle essentiel comme base intermédiaire sur la route de l’au-delà des mers, un rôle qui l’emportait sur celui de halte vers Constantinople. […] Les flottes marchandes qui voguaient vers l’Orient depuis la Crète faisaient souvent halte à Rhodes et à Chypre, le terminus prévu étant toujours Saint-Jean-d’Acre. […] Certains convois de pèlerins touchaient terre plus au sud, à proximité de Jérusalem, à Jaffa, quand les trêves le permettaient. » [F.C. Lane, Venise. Une république maritime, 1973, pp.114 – 115.]

Mélanie peut en extraire les données spatio-temporelles et en tirer l’ontologie suivante :

Par exemple, en partant de ce paragraphe :

« D’abord confondues, les routes de la Romanie et de l’au-delà des mers ne divergeaient qu’après les pointes méridionales de la péninsule grecque, les caps Matapan et Malée, deux promontoires qu’il était souvent difficile de franchir en raison de vents contraires. Les convois pour l’au-delà des mers prenaient ensuite le chemin de la capitale de la Crète, Candie […]. La Crète avait alors un rôle essentiel comme base intermédiaire sur la route de l’au-delà des mers, un rôle qui l’emportait sur celui de halte vers Constantinople. […] Les flottes marchandes qui voguaient vers l’Orient depuis la Crète faisaient souvent halte à Rhodes et à Chypre, le terminus prévu étant toujours Saint-Jean-d’Acre. […] Certains convois de pèlerins touchaient terre plus au sud, à proximité de Jérusalem, à Jaffa, quand les trêves le permettaient. » [F.C. Lane, Venise. Une république maritime, 1973, pp.114 – 115.]

Mélanie peut en extraire les données spatio-temporelles et en tirer le modèle suivante :

Capture d’écran 2013-03-07 à 22.44.26

Dans son logiciel SIG, elle travaille sur des entités géométriques (points, lignes et polygones) correspondant à des objets géographiques (respectivement sites, routes et possessions ou colonies). Ces objets possèdent des propriétés (les données historiques) qu’il est possible de discriminer afin de sélectionner précisément les informations que l’on souhaite voir apparaitre sur une carte en fonction de leur pertinence pour telle ou telle recherche. La future interface qui permettrait d’accéder à cet atlas de cartes pourrait ainsi être d’une grande utilité pour de nombreuses autres disciplines qui ont besoin de ce genre d’informations.

La compilation et la visualisation sélective des données permettent de comprendre la réorientation des sites et les variations de flux maritimes et commerciaux dans le temps. Par exemple, il est ainsi possible de voir qu’au 13ème siècle, Venise a réussi à verrouiller deux axes maritimes ainsi que des régions à l’intérieur des terres, cela grâce à des traités d’exclusivité et des escales obligatoires :

Capture d’écran 2013-03-07 à 22.47.27

A partir de l’exemple vénitien, l’ambition de Mélanie Fournier est de pouvoir industrialiser le processus. A cette fin, elle a entamé un travail de description et d’établissement d’un workflow (flux de travail) et d’un workpackage (composition d’une équipe en fonction des compétences). La prochaine étape sera de travailler en collaboration avec des personnes spécialisées dans chaque domaine (informatique, histoire médiévale et moderne, géographie, géomatique), afin d’affiner les processus et d’alimenter la base de données.

Lors du débat avec les participants, l’importance de la maîtrise du vocabulaire propre à chaque discipline a été soulignée en tant que porte d’entrée interdisciplinaire. Le fonctionnement interdisciplinaire (géographie, histoire, informatique, géopolitique) apparemment idyllique dans le travail de Mélanie Fournier a également été relevé, de même que le fonctionnement tout aussi idyllique en apparence du texte (sources historiques écrites) et de l’image (visualisations SIG).

Les questions de l’application rétroactive de concepts modernes et de la représentation de l’incertitude ont été discutées, à l’instar des séances précédentes. Le concept de « l’espace fictionnel » (une carte n’est pas la réalité mais une interprétation possible d’une réalité), applicable à de nombreuses disciplines, a été cité par Frédéric Kaplan pour répondre à ses problématiques. En admettant la possibilité de l’erreur aussi bien dans les sources primaires que les sources secondaires, voire au cours de la saisie informatique des données, le chercheur peut exploiter l’existence de n passés et n représentations de ces passés. Cette tolérance assumée de l’incertitude permet ainsi de simuler en toute connaissance de cause des hypothèses différentes pour une même situation, et notamment de prendre en compte des données non documentées ou lacunaires (la contrebande par exemple, dans le modèle vénitien), qui pourront être confirmées ou infirmées au fil des avancées de la recherche.

La problématique de la traçabilité des données a également été abordée, avec la particularité en matière de cartographie de trouver un moyen ergonomique de rendre visible auprès des utilisateurs finaux les choix opérés par les chercheurs en fonction des hypothèses de recherche, ainsi que les sources de chaque donnée historique.

Quelques sites sur ces thématiques:

Une modélisation du réseau géospatial du monde romain par l’université Stanford:
http://orbis.stanford.edu/
Un programme d’applications par satellite de l’ONU:
http://www.unitar.org/unosat/
Une base de données des flux et commerces maritimes par l’Agence nationale pour la recherche française:
http://navigocorpus.org/
Le site de l’Institut supérieur d’économie maritime Nantes-Saint Nazaire:
http://www.isemar.asso.fr/fr/institut/accueil.php

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