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Sara Schulthess (Lettres et FTSR, Unil), «Sites web, manuscrits grecs et arabes du Nouveau Testament», vendredi 15 mars 2013

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Compte-rendu de Mélanie Fournier (post-doc, DHLab, EPFL)

Sara Schulthess, diplômée en théologie, a entamé sa thèse de doctorat sur le catalogage des manuscrits arabes du Nouveau Testament, l’édition d’un manuscrit et l’analyse du rôle des outils numériques sur son objet de recherche, à savoir les manuscrits grecs et arabes de la Bible.

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Avant de commencer sa présentation, Sara a inscrit son travail dans le 3ème axe de travail et de recherche définit quelques minutes avant par une autre doctorante, Mylène Tanferri. Celle-ci avait présenté une ébauche de typologie des digital humanities qui se définissait ainsi:

1/ Recherches technologiques sur des sources traditionnellement SHS

2/ Recherches SHS qui utilisent des outils informatiques

3/ Recherches « épistémologiques » sur la portée et les enjeux des outils

Le travail de Sara étant dense et réservé en grande partie à un public initié (les extraits des ouvrages de base tels que le Nestle-Aland en sont la preuve), celle-ci a choisi – et à juste titre – de faire ce qu’elle a appelé une présentation tout public et de ne se concentrer à cet effet que sur le rôle d’Internet dans le contexte de la critique textuelle du Nouveau Testament. Les forums ou bien encore la mise en ligne de Codex soulèvent dans le petit monde des sciences bibliques de nombreuses questions et polémiques. Malgré cela, le rythme de la présentation a été bien différent et à mon goût plus intéressant car plus enlevé, les questions et les commentaires fusant au fur et à mesure de son discours.

         Existe t-il un texte original de la Bible?

Le travail de Sara Schulthess s’inscrit dans le champ de la critique textuelle, science qui observe, compare et évalue les manuscrits avec pour but de se rapprocher du texte primitif. A travers un exemple de page de ce que les spécialistes appellent une édition éclectique (ici le Nestle-Aland), Sara Schulthess nous montre comment une construction, un système formel amène à une confusion des discours et de la compréhension. Ces ouvrages éditent un texte qui n’existe pas et qui est le résultat de l’observation de manuscrits dans lesquels on repère les fautes des scribes successifs et dans lesquels on compare la qualité et la valeur des variantes. De ces observations et de ces éditions nait une grande confusion entre le texte édité et le texte original.

Au sein de ces analyses de manuscrits, les textes arabes ont fait pendant longtemps l’objet d’un désintéressement systématique lié d’une part à l’orientalisme visant à asseoir le monopole de la connaissance par et pour les Occidentaux (Said, 1995, p. 15), et d’autre part aux fortes questions identitaires liées en particulier au “lien entre l’islam et le développement écrit de la langue arabe” (Schulthess, 2012, p. 336). Cependant, depuis quelques années déjà la tendance s’inverse et ces textes retrouvent un intérêt certain dû à leur diffusion et à leur critique “en ligne”.

La critique textuelle et les nouvelles technologies: un regain d’intérêt pour les manuscrits arabes du Nouveau Testament

Sara Schulthess nous montre combien la mise à disposition de ces textes via des sites Internet, leur catalogage accessible à tous, la mise à disposition de photographies de ces textes (parfois sans autorisation) et l’ouverture de forums dédiés à la critique textuelle (ouverts au profane comme au chercheur), remettent en question le monde de la critique textuelle biblique mais aussi la création et l’appartenance du savoir. De plus, l’émergence et l’importance que prend la critique textuelle sur Internet permettent un renouvellement de l’intérêt que les chercheurs portent à ces manuscrits. Sara Schulthess présente cela comme une renaissance.

Cette renaissance reposerait sur deux changements marquants. D’une part la numérisation des manuscrits et leur mise en ligne faciliterait l’accès au public (et pose donc le problème de la falsification des documents mis en ligne, problème qui n’a pas été abordé directement par Sara Schulthess mais lors des commentaires) et d’autre part l’activité de certains sites Internet et de certains forums ferait émerger un travail collaboratif, né de discussions riches entre spécialistes et amateurs. Afin de démontrer ses hypothèses, Sara Schulthess s’intéresse aux sites Internet musulmans dédiés à la critique textuelle biblique. En effet, même si ces sites se placent dans une tradition classique et dont le but ultime est apologétique – c’est-à-dire cherchant à montrer les incohérences de la Bible – l’utilisation des nouvelles technologies et d’Internet en particulier casse le système bien établi de la production institutionnelle de la critique textuelle en produisant de la connaissance et en mettant en contact des mondes opposés.

De cette présentation, trois axes du travail proposé ici ont retenu mon attention :

– La coexistence de discours et leur mise en contact via des forums et des sites Internet dédiés qui permettent des échanges parfois de très haut niveau entre chercheurs, et entre profanes et chercheurs (tout ceci restant malgré tout limité à la sphère du religieux). C’est dans ce cadre que Sara Schulthess reprend le concept de discours hybride issu des sciences du langage et développé par Claire Clivaz. On aurait aimé le voir apparaître plus tôt dans la démonstration par souci de clarté notamment.

– L’effort de compréhension de la fonction ces discours qui remettent en question à la fois les grilles de lectures « occidentales » du monde arabo-musulman et la production de critique textuelle par

– L’analyse de la stratégie de ces discours qui relèvent à la fois du prosélytisme, de l’échange et de la construction intellectuelle, de la reprise en main d’un héritage et d’une histoire jusqu’ici volontairement laissée de côté, d’une possible utilisation subversive (un des sites mentionné et étudié par Sara Schulthess se situe dans la mouvance salafiste) et d’une exacerbation identitaire.

 

Pour aller plus loin :

http://www.islamic-awareness.org/

http://sheekh-3arb.org/

http://codexsinaiticus.org/en/

12-13 avril 2013 Séminaire UNIL / Université de Münster http://www.unil.ch/Jahia/site/irsb/cache/off/pid/27029?showActu=1362466458805.xml&actunilParam=events

Kashouh H, The Arabic Versions of the Gospels. The Manuscripts and their Families, Berlin, de Gruyter, 2011.

Clivaz C, Homer and the New Testament as “Multitexts“ in the Digital Era?, Scholarly and Research Communication, 2012, vol. 3, n°3, 15 p.

URL: http://src-online.ca/index.php/src/article/view/97

Les références citées dans le texte :

Said E.W., L’Orientalisme : l’Orient créé par l’Occident [1978] Paris, Seuil, 2005.

Schulthess S., Les manuscrits du Nouveau Testament, le monde arabe et le digital. L’émergence d’un discours hybride, in Clivaz, Meizoz, Vallotton, Verheyden, Bertho, Lire Demain. Des manuscrits antiques à l’ère digitale / Reading Tomorrow. From Ancient Manuscripts to the Digital Era, Lausanne, PPUR, 2012, pp. 333–344 (ebook).

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