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«Les universités dans les réseaux internationaux à l’époque de l’entre-deux-guerres, des lieux de savoir et d’échanges entre intellectuels», Panayotis Papaevangelou (Lettres, Unil; vendredi 24 mai)

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Compte-rendu par Alexandre Camus, Doctorant SSP, UNIL

Après une expérience en droit et sciences politiques, Panayotis Papaevangelou est diplômé en histoire. Le travail de thèse, commencé en janvier de cette année et qu’il nous présente aujourd’hui, est une occasion d’avancer dans l’histoire des intellectuels de l’entre-deux-guerres avec une approche sociohistorique appuyée sur les réseaux de relations entre les intellectuels de cette période. Panayotis inscrit donc son travail dans l’étude des intellectuels, c’est-à-dire des actions et des déplacements de ces acteurs et non leurs productions, et  des relations internationales, champ de recherche à la croisée de l’histoire politique et culturelle. Sa thèse permettra aussi de revenir sur le rôle d’une des organisations phares de la période, la Société des Nations (SDN) à travers sa Commission Internationale de Coopération Intellectuelle (CICI)

Des cartons de la SDN aux réseaux de relations entre intellectuels

Le corpus d’entrée de la recherche est constitué d’une sélection de 300 cartons d’archives écrites de la CICI situées à la bibliothèque des archives de la SDN à Genève.

Faisant référence au travail de Martin Grandjean, avec qui il partage ce corpus de référence, il insiste sur les apports de l’approche en termes de réseaux sociaux utilisée par Martin. Elle a notamment permis de mettre en évidence le poids de Gottfried Salomon, personnalité peu visible, dans l’organisation et la tenue des cours de Davos, reconnu comme un carrefour d’échanges scientifiques ayant participé au renouvellement des relations intellectuelles de l’entre-deux-guerres.

De son côté, la SDN est en générale ramenée à l’échec de ne pas avoir pu empêcher la Seconde Guerre mondiale sans en retenir ses aspects novateurs, notamment sur le plan organisationnel, et son rôle de projet pilote des grandes organisations internationales contemporaines. C’est d’une certaine manière dans un réexamen du rôle effectif de la CICI que Panayotis pose une première question : Dans le constat d’échec de la SDN, la CICI n’a-t-elle pas œuvré à différentes réalisations au cours de son existence ?

Le dépouillement des archives a fait très vite apparaître le caractère apparemment non structuré de la CICI, très loin des représentations des organisations bureaucratiques régnant sans partage sur les activités de leurs membres. Il est donc moins question de considérer la CICI comme un exécutant  de la SDN, elle-même résultat directe des enjeux politiques de son époque, que de rendre compte des tensions entre dépendance et autonomie.

Panayotis adopte une approche volontairement ouverte qui ne fige pas l’intellectuel dans la figure de l’intellectuel engagée et qui ne plaque pas les déterminismes structurels de l’époque sur des actions devenant mécaniques et toutes dépendantes d’enjeux politiques forts. Au contraire, l’approche en construction doit permettre de faire la part des choses sans pour autant décider d’avance des schèmes d’explication à déployer. Dès lors, la démarche quitte un temps le niveau structurel pour revenir au plus près des acteurs concrets par l’étude des relations des membres de la Commission entretenues avec leurs collègues européens.

Des relations interpersonnelles aux relations interuniversitaires : le rôle de médiation de la CICI

Sortir de la représentation rigide des organisations est tout fait compatible avec une approche centrée sur les interactions, qui ne calque pas les contours de la surface sociale d’une organisation sur le périmètre physique de son bâtiment. Cette perspective est d’autant plus intéressante pour revenir sur le rôle de médiation de la CICI que cette structure rassemble des individus qui ont d’autres activités et dont les réseaux de relations dépassent largement leur inscription au sein de la Commission.

Dans le prolongement d’une étude des organisations où l’accent est mis sur les interactions de leurs membres actifs sans postuler de frontières, le travail exposé propose de faire varier les échelles d’analyse et d’aborder la questions des universités. L’idée est simple et efficace : les membres de la CICI sont des intellectuels, parfois visibles et parfois moins, qui entretiennent des relations avec leurs collègues membres des universités européennes. A partir de ce constat, Panayotis avance une autre question : Dans quelle mesure les interactions des membres de la CICI avec leurs collègues des universités européennes débouchent sur des relations interuniversitaires qui ont survécu à la CICI ?

Se débarrasser de la tentation téléologique de juger le passé à la lumière du présent renouvelle la perspective historiographique en permettant d’intégrer l’incertitude propre à la période de l’entre deux guerres. La finalité des interactions n’est plus plaquée ou même objectivée, ce sont les réseaux sociaux et leur évolution qui sont  reconstruits : Que font les acteurs quand ils interagissent ? Est-ce que ces interactions coordonnent des actions particulières ? Quelles matérialisations sociales émergent de ces interactions ?  Survivent-elles à l’existence de la Commission ? Permettent-elles l’émergence de nouveaux collectifs ?

Il s’agira donc de reconstruire la médiation exercée par les membres de la CICI avec le postulat que les réseaux et initiatives des intellectuels en lien avec la Commission reflètent les tensions politiques, culturelles et sociales de l’époque étudiée. En ce sens, reconstruire les parcours des intellectuels liés à la CICI présente la possibilité de renseigner sur la manière dont ces ingrédients sont articulés dans des actions concrètes.

La complexité et le nombre des relations potentiellement en jeu dans les réseaux à l’étude, ne peuvent être abordés systématiquement que par l’intermédiaire d’outils informatiques comme GEPHI. Le bénéfice n’est pas simplement dû aux possibilités de calcul, l’utilisation des outils d’analyse de réseaux nécessite et permet de clarifier notamment les ingrédients de la relation entre les nœuds du réseau. La perspective volontairement ouverte construite par Panayotis permet de ne pas trancher trop vite ce qui lie les intellectuels et/ou les universités. Cette entreprise, au cœur  de l’étude  présentée, nécessite du travail que le goût prononcé pour la pratique archivistique, évoqué plusieurs fois au cours de l’exposé, devrait faciliter.

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